Robert Lamb

Café Noir

By Robert Lamb
La jeune serveuse, une fausse blonde, était de retour : « Vous avez fait votre choix? ». Elle avait l'air impatiente et indifférente à la fois.
« Juste un café, lui dis-je. Noir. Sans crème.
- J'ai besoin de quelque chose de plus fort, déclara Jenny. Avez-vous du vin? »
La serveuse hocha la tête, mâcha son chewing-gum et fixa ses ongles. Rouges.
« Un Chardonnay, déclara Jenny. La cuvée du patron ira très bien. »
La serveuse s'en alla sans dire un mot. Jenny étudia le mur derrière moi, ses yeux noisette solennellement fixés sur le papier peint aux tons pastels. J'étudiais Jenny qui étudiais le mur derrière moi. Nous étions les seuls clients de l'endroit.
« Quoi?, dit-elle , croisant enfin mon regard, provocatrice et désemparée.
- Rien.
- Eh bien, c'est dur. »
Je dit que je savais combien c’était dur.
« Non, tu ne sais pas. C'est pas ta mère. »
Je dis que je savais de qui c’était la mère.
Jenny fixa le mur à nouveau.
La serveuse nous apporta nos boissons. Elle mit le vin en face de moi, le café – avec de la crème - devant Jenny, et laissa la note sur le bord de la table. Le vin était un rosé, pas un Chardonnay, mais alors que j’allais rappeler la serveuse, Jenny m'arrêta. « Peu importe, dit-elle. »
En échangeant les boissons, je fis un signe de tête à la serveuse. « J’espère que Miss Amabilité ne dépend pas des pourboires pour survivre.
- Hein?
- Rien, dis-je. »
Jenny sirotait son vin. « Je ne suis pas sûre de pouvoir le faire, dit-elle, une couleur rose lui montant à la gorge.
- Eh bien, retourne là-bas et dis leur. Je fis un signe de tête en direction d’un grand bâtiment gris de l’autre côté de la rue.
- Je ne peux pas, dit-elle, en sirotant de nouveau.
- Ecoute, si tu ne peux pas, tu ne peux pas. Ils comprendront. Tu n’es pas la première à ne pas pouvoir le faire.
- Je ne vois pas comment qui que ce soit puisse le faire.
- Je pourrais le faire. Je pourrais le faire car ça doit être fait. Quand une chose doit être faite, il est préférable d’y aller et de la faire.
- Je ne suis pas comme toi.
- Alors ne le fais pas.
- Je m’en voudrais, si je le faisais.
- Alors ne le fais pas, pour l'amour de Dieu. Va là-bas et dis leur.
- Je vais d’abord finir mon vin. Elle but une gorgée. Peut-être que si je buvais assez de ce vin je pourrais le faire.
- Fais-le et bois ensuite, dis-je. Ca te donnera une bonne raison de boire.
- J'ai déjà une bonne raison de boire. Peux-tu me commander un autre verre?
- J'ai lu quelque part que la mémoire et le jugement sont les premières choses que l'alcool assombrit.
- La mémoire serait déjà bien, dit-elle.
- Comme tu voudras. J’appela la serveuse.
- Attends !, dit Jenny. Tu as raison. J'ai besoin d’avoir l’esprit clair pour ça. Elle repoussa le verre. Il était encore presque plein. Quelle heure est- il?
- Deux heures et demie. Je fis un signe en direction d’une grande horloge à cadrant blanc qui pendait sur un mur à proximité. On ne pouvait pas la manquer.
- Pendant combien de temps a-t-il dit qu'il serait là?
- Jusqu'à trois heures.
Elle fit une grimace. Veux-tu aller lui dire pour moi?
- Lui dire quoi?
- Tu sais, dit-elle.
- Non, je ne sais pas.
Elle tendit le bras pour attraper mon café. Tu permets? »
Je poussai la tasse et la soucoupe vers elle. La crème, également. Je n'y avais pas touché.
Remuant la crème, elle dit : « C'est la meilleure chose à faire, tu ne penses pas?
- Ce que je pense n’a pas d’importance ici, dis-je. »
Elle but une gorgée de café, maintenant d’un brun caramel. « Je ne peux pas le faire. C’est ma mère. »
Je tendis le bras pour attraper son verre de vin. « Une raison de plus pour que tu le fasses, lui dis-je. Pour que tu veuilles le faire.
- Est-ce que ce fut comme ça avec ta mère?
- Non.
- Tu vois.
- Ca ne prouve rien. »
Elle haussa les épaules. « Tu as raison. Quelle heure est- il? »
Je finis son vin tout en regardant l'horloge. « Deux minutes de plus que lorsque tu me l’as demandé il y a un instant.
- Ne fais pas ton intéressant à un moment comme celui-ci.
- Ne sois pas stupide à un moment comme celui-ci. »
Elle fit une grimace à nouveau puis poussa un soupir. « Très bien. Tu as raison. Je vais le faire. »
Elle commença à se lever. Il m’a semblé voir des larmes. «  Tu es sûre?
- Je suis sûre. Aussi sûre que je ne le serai jamais. »
Elle se leva, lissant les plis de sa jupe bleu marine.
Je me suis levé, également. J'ai laissé assez d'argent sur ​​la table pour couvrir l’addition et donner à la serveuse un bon pourboire.
 

 

All rights belong to its author. It was published on e-Stories.org by demand of Robert Lamb.
Published on e-Stories.org on 06/11/2014.

 

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